Sur la scène intellectuelle française, Alain Finkielkraut et Alain Badiou font figure de frères ennemis. Chacun incarne ce que l'autre abhorre. Le premier est le théoricien obstiné de «l'hypothèse communiste», le second dénonce inlassablement «le progressisme» et «l'égalitarisme». Par l'entremise d'Aude Lancelin, journaliste au Nouvel Observateur, ils discutent à bâtons rompus à propos de l'identité nationale, du judaïsme, de l'universalisme, de Mai 68, du communisme (sommaire qui confirme l'emprise des querelles éternelles sur le débat intellectuel en France).
Fidèle à lui-même, sincère et inquiet, Alain Finkielkraut redit sa frayeur devant un monde où tout fout le camp, où l'islamisme menace, où l'école décline. Maître de la dialectique, Alain Badiou réplique que les immigrés travaillent «pour des salaires inférieurs au Smic» et que l'islamisme est un front secondaire. Pourtant, des convergences se font jour. Finkielkraut défend l'élitisme républicain (la France des instituteurs), Badiou un aristocratisme platonicien (la cité des philosophes). Même mélancolie, mêmes doutes sur les vertus démocratiques, même opposition à «une certaine descendance libertaire». Non sans malice, Badiou propose «une sorte de traité» : «Je veux bien me retirer complètement du camp progressiste tel que vous le définissez […], mais je souhaite que vous vous retiriez symétriquement de l'antiprogressisme.»
Finkielkraut s'échine à




