C'est l'histoire qu'on répète aux petites filles pour les endormir. Celle du prince charmant. Il était une fois, etc. Girl meets boy. A la différence qu'ici, le prince est une princesse. Une variante qui suffit à transformer le gentil conte en fable militante, où la culture queer aurait investi le territoire du merveilleux. Judith Butler y est citée d'entrée de jeu : «Le genre ne devrait pas être compris comme une identité stable… le genre est plutôt une identité qui se construit subtilement avec le temps.» Il s'agit, dans cette lignée, d'ouvrir le champ des possibles en matière de genre - genre sexué, genre littéraire -, et ce par la grâce de la fiction. Pour son troisième roman traduit en français, après Hôtel Univers en 2003 et la Loi de l'accident en 2007, l'Ecossaise Ali Smith continue de brouiller les repères.
Anticapitaliste. Anthea et Midge sont sœurs. Elles travaillent chez Pure, sorte de multinationale façon Vivendi. La première, rebelle, ne se reconnaît pas dans le tout-capitaliste, et rêve à autre chose. De la fenêtre de la salle de réunion, elle aperçoit un garçon en train de taguer l'immense panneau publicitaire Pure, à l'entrée du bâtiment. «Il avait de longs cheveux noirs entortillés au bout, comme Johnny Depp dans Pirate des Caraïbes, mais plus propres.» Elle descend, croise son regard avant que les types de la sécurité l'embarquent. «Il était le plus beau garçon que




