Dans l'histoire longue du crime et de ses représentations, le XVIIIe siècle - siècle des Lumières par ailleurs - marque une étape essentielle que deux livres, de nature très différente, revisitent aujourd'hui. Le premier, dirigé par Lise Andriès, offre une solide mise au point sur le phénomène «brigand», si prégnant en ce siècle. Il n'est pourtant pas sûr qu'il y eut alors plus de brigands qu'autrefois. La police, réformée depuis la fin du règne de Louis XIV, s'est largement professionnalisée, l'art du signalement a fait peau neuve et la répression s'alourdit, principalement à l'encontre des classes populaires urbaines que l'on entend dissuader de toute tentation illégaliste. C'est donc dans les campagnes et sur «les grands chemins» que sévissent surtout les brigands. Mais le phénomène tient surtout à la diffusion dans toute l'Europe d'une immense production imprimée : canards, complaintes, causes célèbres, mémoires et confessions d'individus «infâmes». Quelques grandes figures, Cartouche à Paris, Mandrin dans le Dauphiné, Jack Sheppard et Jonathan Wild en Angleterre, accèdent ainsi au Panthéon des grands criminels. Tous les registres s'enchevêtrent dans ces textes : souci d'édification et de contrôle social, ressort burlesque et picaresque, attrait du légendaire.
Satire. Certains brandissent la menace d'une contre-société minant l'ordre établi, d'autres inventent la figure du bandit au grand cœur, d'autres encore, comme




