Cela pourrait être un polar. Acide et amusant. Qu’y a-t-il de plus classique que cette intrigue où la femme mariée découvre que son mari n’est pas celui qu’elle croyait ? Il la surveille et l’épie. Mais voilà, ce n’est pas si simple. Cela se passe en Russie, mieux en Union soviétique, à l’époque où le communisme, on le sait aujourd’hui, était déjà déclinant.
L'étrange va donc le disputer à l'exotisme sur 400 pages. On croit rêver quand l'épouse découvre comment son mari, qui s'avère être un agent - apparemment de haut rang - du KGB s'infiltre dans sa tête. «Le soir, aux petits soins comme chaque fois que je termine un travail, Dik me prépare une tisane qui délasse et me fait mieux dormir. […] Quand j'ouvre les yeux, il me faut le temps de réaliser. Je suis à moitié assise dans le lit. Un coussin derrière le dos. Sur mes genoux, un petit magnétophone ronronne doucement. Une cigarette entre les doigts, Dik écrit à ma table. Sa voix résonne à nouveau : "Poussin, répète-moi la dernière phrase du Tchèque à l'aéroport… Et je perds connaissance. […] Il n'y a plus ni doute ni mystère : j'ai compris comment mon mari lit dans mes pensées.»
A l’époque, Renata Lesnik, l’auteure de ce livre autobiographique, est une toute jeune femme. Originaire de la campagne de Moldavie, cette république roumanophone des confins européens de l’Union soviétique, elle a la passion des langues. Ce qui l’amène à servir d’interprète aux délégations, surtout d’artistes et d’écrivains, des pays frères




