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Libération

Dialogue cinglant sur le monde

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Publié le 12/03/2011 à 0h00

Il y a une bonne dose d'irénisme dans ce livre-là, deux esprits libres, l'un à droite, l'autre à gauche, qui s'écoutent et se confrontent sans effets de manche, sans arrière-pensées, sans autre enjeu que celui d'appréhender les grandes dynamiques du monde tel qu'il va. Et il va mal, si l'on en croît nos deux éclaireurs, Alain Juppé et Michel Rocard, que le journaliste Bernard Guetta, chroniqueur à Libération, a embarqués dans un tour d'horizon planétaire et magistral.

Les vieilles nations vacillent sous les coups de multiples crises, elles perdent leurs repères, et la France plus que d'autres. Pourquoi notre peuple semble-t-il si mal à l'aise, si angoissé dans ce début de siècle où tout bascule ? «Parce que les Français se sont crus plus que d'autres au cœur du monde», affirme Juppé. «Parce que la France a été le pays où l'Etat a le plus directement pris en main la vie de tous les jours», ajoute Rocard, et que cet Etat est sans cesse érodé par la mondialisation et l'Europe. L'origine de notre dépression nationale serait même plus profonde, comme si la crise générale ravivait une vieille blessure jamais cicatrisée, celle d'une France envahie, occupée, effondrée : «Le grand tournant, c'est juin 1940, lance Rocard, quand la France perd, d'un coup, son leadership, la foi dans son armée, sa dignité, le sens de sa grandeur.» «Il n'y a pas eu beaucoup de Pétain en Europe», abonde Juppé. Soixante-dix ans plus tard, nous ne nous en serions

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