Pourquoi le génie de l’histoire surgit-il quand nul ne l’attend plus, même en rêve ? Pourquoi le temps s’emballe-t-il créant soudain cette rupture irréversible ? Parti en quête de l’origine de la révolution tunisienne, elle-même à l’origine des soulèvements arabes, Abdelwahab Meddeb convoque tous les registres pour saisir l’insaisissable, ce moment précis où l’événement se cristallise, cherchant la lumière dans la multiplication des angles, des approches ou des terrains.
Son livre très personnel tient à la fois du carnet de route quand l’auteur court le pays jusque dans les steppes oubliées de l’intérieur, de l’essai historique ou philosophique quand il revisite sans ménagement l’héritage ambigu de Bourguiba et les sombres recoins de la culture islamique, ou encore du journal intime quand il dialogue avec sa fille aux côtés des blogueurs de la génération digitale. C’est un beau livre écrit dans l’urgence et le chaudron de l’histoire, où l’on passe du local à l’universel, où s’entremêlent lyrisme et gravité, où se succèdent émerveillements et mises en garde.
Comme à son habitude, l'écrivain tunisien exilé à Paris, spécialiste de littérature comparée, se situe à la fois au dedans et au dehors. Musulman, il avait déconstruit l'idéologie totalitaire de l'intégrisme radical dans un ouvrage écrit après le 11 Septembre, qui fit scandale avant de s'imposer comme une référence (la Maladie de l'islam, Seuil), traquant le mal jusque dans les abîmes du texte sacré. Il cherche auj




