Menu
Libération
Critique

Les Arméniens cachés de Turquie

Réservé aux abonnés

Vingt-cinq petits-enfants turcs racontent la révélation traumatisante de leurs origines arméniennes.

Publié le 04/06/2011 à 0h00

On les appelait en turc «restes de l'épée». C'étaient des enfants, le plus souvent des filles ou de belles jeunes femmes, arrachés aux déportations et marches de la mort lors de l'extermination des Arméniens de l'Empire ottoman (1915-1917), puis «intégrés» dans des foyers turcs. Converties à l'islam, épousées légalement ou restées «secondes femmes», elles ont traversé le siècle dans le silence, «les lèvres scellées» par la douleur et par la crainte de remuer les fantômes du passé.

«Que ces jours s'en aillent et ne reviennent jamais», répétait ainsi la grand-mère de Fethiye Çetin, avocate et activiste des droits de l'homme qui, à l'âge de 20 ans, découvrit que son «ana», sa Seher adorée, s'était appelée Heranus dans une vie antérieure, avant d'être adoptée par un gendarme turc qui la sauva d'une mort certaine (Libération du 19 décembre 2006). Dans un récit bouleversant, le Livre de ma grand-mère, elle raconta cette histoire, faisant resurgir une mémoire enfouie dans une Turquie niant la réalité d'un génocide qui fit plus d'un million de morts. Mais le tabou était déjà en train de se fissurer. Ce livre, qui fut un best-seller, contribua à relancer le débat public. Et, surtout, il ouvrit une brèche. Fethiye Çetin reçut alors des centaines de messages de Turcs ayant vécu une expérience similaire. Avec l'anthropologue Ayse Gül Altinay, elle s'est alors lancée dans la collecte de témoignages sur ces destins tragiques transmis de générati

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique