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Libération
Critique

Jacques Abeille, leçons de Terrèbre

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Portrait du romancier en jardinier surréaliste

Publié le 23/06/2011 à 0h00

C’est un sentiment d’étrange dépaysement et de jubilation qui saisit celui qui pénètre dans le monde littéraire de Jacques Abeille, auteur de l’un des romans les plus étonnants de la fin du XXe siècle : les Jardins statuaires. Ce livre raconte les travaux et les jours d’une population de jardiniers qui cultive les statues. Il a connu trois éditions successives et a vite acquis une audience d’inconditionnels tandis que l’écrivain restait dans l’ombre. Intempestif dans un paysage esthétique alors marqué par les expérimentations textuelles, écrit dans une langue lumineuse, les Jardins se réclamaient d’un autre monde, celui du rêve et de la poésie. Abeille publie aujourd’hui les Barbares qui s’inscrit avec le Veilleur du jour, les Voyages du fils…, comme une continuation des Jardins statuaires. C’est le récit de la décadence de la civilisation des jardins, à l’horizon duquel se laisse augurer la fin prochaine d’une vaste composition que l’écrivain a baptisée le Cycle des contrées.

«Dégel». En décembre 1986, interrogé par Libération, l'auteur était déjà surpris qu'on s'intéresse à lui. Bien des années et quelques éditeurs plus tard, Jacques Abeille est toujours identique à lui-même ; s'il n'enseigne plus les arts plastiques, il n'a pas quitté le Bordelais et rêve toujours le monde qu'il a imaginé avec les Jardins statuaires. Il s'étonne de ce «dégel invraisemblable» autour de ses livres. Car

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