La destruction des juifs d’Europe s’appuya sur une armée de fonctionnaires qui, recensant et fichant sans état d’âme les futures victimes, facilitèrent la tâche de leurs bourreaux. En France, ce travail fut notamment assumé par deux services, le Commissariat général aux questions juives (CGQJ) d’une part, la sous-direction des affaires juives de la préfecture de police de Paris de l’autre. Aucune étude n’avait été à ce jour consacrée à ces deux administrations que la patiente enquête de Laurent Joly permet désormais de mieux connaître, quitte à bousculer quelques idées reçues.
Car loin d’être animés par un antisémitisme militant, ces deux organismes furent plutôt gouvernés par de plates logiques bureaucratiques. Certes, plusieurs membres du CGQJ entendaient poursuivre, à l’ombre de la francisque, le combat passionnel qu’ils menaient, depuis de longues années parfois, contre la prétendue influence juive ; mais ils étaient loin de représenter la majorité d’un personnel qui essayait plutôt, en entrant dans les services de la place des Petits-Pères, d’accéder à la fonction publique ou de faire carrière. Cette administration de mission offrait, il est vrai, de fulgurantes possibilités d’avancement dont plusieurs ambitieux surent tirer profit.
L’absence de fanatisme, pourtant, ne rimait pas avec inefficacité. Les fonctionnaires apportèrent, à la préfecture comme au Commissariat, leur expérience professionnelle qu’avait parfois enrichie, avant guerre, le traitement des étrangers - co




