Né en 1945, Christian Jambet est aujourd'hui le grand spécialiste français de la philosophie islamique. Après avoir traduit et présenté plusieurs textes des grands auteurs iraniens, il publie Qu'est-ce que la philosophie islamique ? (1), panorama sans précédent d'une tradition où l'on retrouve des noms aussi fameux qu'Al-Kindî, Avicenne ou Averroès.
Présenter la philosophie islamique, est-ce une façon de dire que la civilisation islamique est plus riche que sa caricature islamiste ?
Par «islamisme», on désigne une idéologie politique récente à l'échelle de l'histoire de l'islam et qui se caractérise par la volonté de faire de la loi islamique la loi de l'Etat. L'islam, lui, est une religion monothéiste et un ensemble pluriel de cultures et de faits de civilisations. Mon intention est de montrer que l'activité philosophique en terre d'islam fut un antidote aux réductions de la religion à la pratique d'une politique despotique. Sohravardî, exécuté à Alep sur l'ordre de Saladin, en 1191, écrivait que le philosophe ne saurait exercer sous la tutelle d'une autorité oppressive. Il emploie très précisément le mot taghallub, qui signifie «tyrannie», comme les manifestants qui réclament la liberté dans les villes arabes depuis janvier. En ouvrant un espace aux concepts et à l'intelligence, la philosophie limite nécessairement le pouvoir de la décision autoritaire revendiqué par l'islamisme.
La philosophie islamique, soulignez-vous, est perse autant qu’arabe…
L’arabe est la langue sacrée, le Coran est le modèle de la langue arabe, le vocabulaire théologique et juridique est arabe, les contenus théologiques ont été forgés en arabe et il y a eu de nombreux philosophes ara




