Paris a incroyablement changé ces vingt-cinq dernières années. Mais c’est un séisme qui se ressent plus qu’il ne se voit. Rien de spectaculaire n’est venu en effet altérer la morphologie générale de la ville : la fracture est sociale.
Le Paris populaire a pratiquement disparu, sauf dans quelques recoins. La ville s'est gentrifiée, aseptisée, «végétalisée»; elle est riche et apparemment domptée. «La rive gauche actuelle ressemble à une ville bourgeoise de province, avec ses monuments vénérables, ses boutiques de luxe et ses plaques rappelant les grands hommes qui ont vécu et travaillé là», note Eric Hazan dans son nouvel ouvrage qu'il consacre à la capitale. Hier, dans l'Invention de Paris (1), il inventoriait les frontières presque invisibles que l'histoire a laissées en creux sous les pavés et sous la craie.
Aujourd'hui, il y revient avec un ouvrage plus court et plus fragmentaire. C'est une réunion de textes disparates à première vue (sur la «bataille de Paris» du 30 mars 1814, le Paris des Fleurs du Mal, les projets de Grand Paris, les noms de rues, le Paris romantique, etc.) mais qui, pour l'auteur, trouve sa cohérence dans ceci : «Paris est encore ce qu'il a été pendant plus de deux siècles : le grand champ de bataille de la guerre civile en France.» Hazan, fondateur de la Fabrique et éditeur de textes tels que l'Insurrection qui vient (2) du Comité invisible, veut croire que Paris est encore un chaudron de ré




