Espaces de non-droit, échappant à la tutelle des Etats et mis en coupe réglée par des guérillas ou des mafias, les zones grises prolifèrent. Le mot aussi, car il s'applique aussi bien à des proto-Etats comme Gaza, ou le Haut-Karabagh en Azerbaïdjan, qu'à des zones contrôlées par des organisations terroristes ou par la piraterie (au Sahel ou en Somalie). Mais on parle aussi de zones grises à propos d'Etats dits «faillis», tel la Somalie, c'est-à-dire incapables d'assurer leurs prérogatives. Enfin, l'expression peut concerner les ghettos urbains. D'où le très grand intérêt du livre de Gaïdz Minassian, qui recadre et analyse ce concept d'autant plus galvaudé qu'ignoré du droit international.
«Penser la zone grise revient à se représenter le planisphère se reflétant dans un miroir renversé et déformant du système international et de son principal garant : l'Etat», résume ce docteur en sciences politiques et chercheur associé à la Fondation de la recherche stratégique, soulignant que cet espace dérégulé est par essence hybride, un entre-deux «ni trop visible, car la zone grise ne pourrait être intégrée dans l'ordre établi par manque de respectabilité, ni trop invisible car elle a besoin du système interétatique au moins pour alimenter ses propres circuits autonomes».
Ce spécialiste du Caucase montre notamment comment une zone grise de type séparatiste «ne naît jamais soudainement et par des facteurs endogènes». Ainsi, l'Abkhazie et l'Ossétie du S




