Le jardinier Helmer est révulsé. Comment peut-on planter des fraisiers sur lesquels les fruits ont déjà commencé à pointer leur tête verte ? Et pourquoi pas, pendant qu’on y est, ne pas y accrocher des fruits mûrs, achetés au supermarché, comme des boules à un arbre de Noël ? C’est bien une idée de citadin, de cet Anton, le fils de «la Hilde», laquelle vieillit, en sucrant les fraises. Une expression aussi horrible que de la bave de limace sur lesdits fruits.
Escalier. Anton vit à Berlin, il est médecin, mais sans enfant, ce qui heurte Helmer autant que l'absence de main verte, sa sœur Caroline a fui, loin, en Amérique. La maison d'enfance est à vingt minutes du potager et à un bon trajet de train de la capitale. La mère et le père y vivent et s'enfoncent solitairement dans des mondes où la mémoire ne cesse de leur faire défaut, où les objets disparaissent pour ressurgir des heures plus tard et où les résolutions s'envolent le temps de descendre ou de monter l'escalier.
Anton renverse une femme à vélo et en tombe amoureux, elle s'appelle Lydia. Mais un petit homme, obsédé par la filature, prétend avec virulence qu'elle s'appelle Stéphanie. Il y a un avant dans la vie de la nouvelle amie d'Anton, dont elle ne peut parler qu'avec Rüdiger, qui ressemble à un Robert Redford allemand en treillis. Et puis il y a les amis d'Anton, auquel on peut se raccrocher en tant que personnage principal : Bernd, Jan et surtout Alix, une femme à la lucidité bouleversante, frappée




