«Tout Empire périra», avait écrit Jean-Baptiste Duroselle, spécialiste des relations internationales. De fait, une vision convenue, à défaut d'être conforme, présente volontiers l'histoire de l'humanité comme une marche, certes heurtée, mais triomphale vers l'Etat-nation. Celui-ci se serait imposé, dit-on, sur les décombres d'une forme institutionnelle dépassée. Analyse pour le moins rapide, affirment Jane Burbank et Frederick Cooper. Les deux historiens américains s'emploient à démontrer l'incroyable vitalité de cette forme d'organisation politique en embrassant l'histoire de l'humanité de Rome à l'époque contemporaine, et en portant le regard sur l'ensemble du monde.
Religion. Certes, les empires fonctionnèrent selon des modalités différentes. Ainsi, Rome absorba des peuples hétérogènes sans nier leur singularité, bien que le latin, le droit romain et l'octroi de la citoyenneté aient favorisé une relative homogénéisation. La Chine, elle, privilégia l'unification en s'appuyant sur un corps de fonctionnaires compétents et la soumission au pouvoir impérial. De même, la religion joua un rôle ambivalent. Le monothéisme exerçait un fort pouvoir intégrateur ; mais parce qu'il engendrait aussi des divisions schismatiques, les empires suivirent des chemins différents. La Sublime Porte se montra tolérante : juifs, musulmans et chrétiens coexistaient paisiblement, et l'administration ottomane fut même confiée à des étrangers accédant parfois aux plus hautes f




