En tournant la dernière des 272 pages du Fritz Lang au travail de Bernard Eisenschitz, on a le sentiment qu'une bibliothèque nous est tombée sur la tête, tant la documentation accumulée est immense, l'iconographie colossale et le travail sur ce travail, babylonien. Mais cette impression n'est pas celle d'un écrasement. A visiter ce monument qui n'est pas un cénotaphe, on découvre un Fritz Lang incarné tant sa vie fut un roman.
Coulisse. Pour «fictionner» son Lang, Eisenschitz a trié, c'est-à-dire éliminé et mis en scène, tout ce qu'il sait d'un cinéaste dont on sent au fil de l'écriture qu'il est comme un ami de la famille. Pour preuve, le scénario de l'ouvrage. Divisée en trois parties («Berlin», «Los Angeles», «Dernier retour»), la lecture au long est ponctuée de «gros plans» brefs qui sont comme des aires de repos sur l'autoroute du livre. Pour un peu, on pourrait y boire un schnaps ou fumer une cigarette. A se promener par exemple dans «Un couple», commentaire sur l'union sentimentale et professionnelle entre Lang et Thea von Harbou pendant toute la période allemande du cinéaste, on apprend que l'autoritarisme de Von Harbou, qui adhéra sur le tard au nazisme, fut très exagéré. Non seulement elle œuvre à égalité avec le «maître», mais elle tient le plus souvent à rester dans la coulisse quand il parade à la une des magazines. Autre pause nécessaire : «Metropolis, la vision de Lang», qui fait assaut d'iconographie tant sur la construction des décor




