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Critique

Le camp des colonies

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Les internements arbitraires dans l’empire français

Publié le 09/02/2012 à 0h00

Dès la conquête coloniale, le pouvoir usa pour assurer sa domination en Algérie d’une arme totalement arbitraire : l’internement. Proposée par le maire, dans les communes rurales, ou la police, en ville, cette mesure permettait d’écarter les individus jugés gênants en les plaçant dans des pénitenciers ou en les assignant à résidence.

Certes, cette sanction fut loin de frapper les masses. Avant la Première Guerre mondiale, elle ne concerna annuellement que quelques dizaines d’Algériens coupables d’avoir volé du bétail en exigeant une rançon, fréquenté le pèlerinage de La Mecque sans autorisation, commis des actes délictueux ou s’être opposés aux autorités en refusant, par exemple, d’acquitter l’impôt. Quoiqu’administrée sur un mode mineur, cette punition reste emblématique des logiques impériales qui s’appliquaient alors puisqu’elle dérogeait à l’ordre normatif, et notamment à une légalité républicaine qui prétendait apporter aux indigènes les lumières progressistes de la France.

Ceci posé, les textes régissant l’internement n’accréditent pas la thèse de la préméditation. Loin d’inventer un châtiment, les lois, décrets et règlements s’efforcèrent de codifier a posteriori une pratique plutôt que l’impulser. L’internement présentait en effet le grand avantage de favoriser le contrôle d’une masse - jugée inquiétante - sur un territoire de toute évidence sous-administré.

Pour autant, l’Algérie fut loin d’être un laboratoire. Car cette pratique remontait à la Révolution française, vo

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