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Libération
Critique

Du billot au billard

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Après la guillotine, l’exploitation des corps

Publié le 20/06/2012 à 19h07

La guillotine, qui vit le jour au début de la Révolution française, était une véritable «coproduction médico-pénale». Œuvre de deux hommes de l’art, le célèbre docteur Guillotin et le chirurgien Antoine Louis, elle entendait apporter une mort «douce», immédiate, débarrassée de la cruauté des supplices de l’Ancien Régime, et faire entrer la peine capitale dans la modernité pénale et démocratique.

Cette question de «l'humanité» de la guillotine ne fit pourtant pas l'unanimité, explique Anne Carol dans ce livre consacré aux débats savants et médicaux qui entourèrent au XIXe siècle la mort sur l'échafaud. D'emblée, les doutes surgissent. Cette plaie béante d'où jaillit tant de sang ne cause-t-elle pas d'horribles souffrances ? La mort est-elle vraiment si prompte, vraiment instantanée ? Très vite fleurissent les anecdotes et les controverses sur la possible survie postdécapitation. Dès 1798 débutent de macabres expériences. Le galvanisme est à la mode et, grâce à la pile que vient d'inventer Volta, on tente d'électriser les têtes des condamnés ou de provoquer des contractions cardiaques sur les corps décapités. La littérature, alors en pleine vogue gothique (Mary Shelley publie Frankenstein en 1818), encourage le mouvement. Tout au long du siècle, les médecins multiplient donc les expériences «résurrectionnistes», recousant, piquant, brûlant, électrisant la chair indigne des condamnés.

En 1880, le docteur Laborde franchi

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