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Voir le couple jusqu’à la lie

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Publié le 06/07/2012 à 19h08

La plupart d'entre nous entrent dans un couple avec la même nonchalance que dans un jardin public ou dans un ascenseur. On y bouge, on ressent et on attend presque les mêmes choses que tout le monde. Certains aiment leur partenaire très fort, d'autres moins. Souvent, on se lasse au bout d'un certain temps, et on recommence l'opération avec un autre. Et ceux qui croient y trouver des extases uniques sont rassurés lorsqu'ils découvrent qu'ils éprouvent, à quelques mots près, les mêmes émotions que leurs voisins de palier. Bref, ceux qui aiment la création et l'expérimentation, les aventures fortes et les vrais défis les cherchent ailleurs, le couple étant une structure favorable pour se confronter aux risques de telles entreprises pour les chanceux, et ennuyeuse pour les malheureux. C'est pourquoi les Lettres à Nora de James Joyce, publiées en poche (1), est un livre si singulier. Prenant à rebours nos pratiques pantouflardes, Joyce introduit dans le couple tant d'inquiétude et d'absolu que l'on sort de la lecture de ces lettres au mieux humilié, au pire déséquilibré.

Sa femme, Nora, qu’il n’épousa que très tard, est pour Joyce tout à la fois une sainte et une putain, un être qu’il vénère et qu’il méprise, qu’il idolâtre et qu’il salit. Or, les psychanalystes seront déçus si, par malchance, ils voulaient rapporter cette dichotomie sur le terreau de leurs théories. Car, chez Joyce, il s’agit moins d’une dichotomie que de deux cas ultimes du concept de femme. En étant un

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