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[Brouillon de culture 3/6] . Conseils au romancier qui sommeille en vous.

Publié le 21/08/2012 à 19h06

C’est l’été : profitez-en pour écrire votre premier roman. Nous fournissons la première phrase (primée par le prix américain Lyttle Lytton du pire incipit) et quelques conseils.

«Jennifer se tenait là, ovulant calmement.»

Cette entrée en matière ne ferme aucune porte. Mais elle n'en ouvre pas beaucoup non plus. Tout juste le lecteur perçoit-il que c'est un roman plutôt introspectif qui commence. On songe à Proust, bien que le mot «ovulation» soit totalement absent des 2 400 pages (en version Quarto) de la Recherche. Cette calme ovulation laisse présager du meilleur comme du pire, tout dépend de la suite. Laquelle pourrait être, au rayon pire : «Sa main droite, aux jointures blanches, enserrait encore la scie électrique avec laquelle elle venait de diviser en deux parties à peu près égales et symétriques, dans le sens de la longueur, le corps de son neveu Frédéric.» Cette fois, l'horizon du roman est mieux défini, mais il va y avoir du boulot pour le maintenir dans un registre introspectif.

Conseil : faites de Jennifer une femme entre deux âges vouant à Scarlatti une passion sans bornes, enseignante maniaco-dépressive en long congé maladie, tatouée d'un petit scorpion sur la fesse gauche. Elle habite Guéret, dans la Creuse. Ses cheveux sont châtain clair. Dernier film vu : Ptitsy nashikh nadezhd, de l'Ouzbek Elior Ichmoukhamedov. Jennifer ne connaît qu'une histoire drôle : «C'est l'histoire d'un fou qui dresse une échelle

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