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Inspirez-vous des maîtres

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[Brouillon de culture 6/6]. Conseils au romancier qui sommeille en vous.

Publié le 24/08/2012 à 20h06

C’est l’été : profitez-en pour écrire votre premier roman. Nous vous fournissons la première phrase (primée par le prix américain Lyttle Lytton du pire incipit) ainsi que quelques conseils.

«Mardi. L’Afrique. L’heure du lion.»

Voilà ce qui s'appelle planter un décor. Ensuite, deux voies sont possibles. L'une est de laisser grand ouvert le robinet à clichés et de poursuivre obstinément cet exercice de littérature à contrainte (pas de verbe), ce qui pourrait donner : «Le store à moitié baissé. L'entêtante clameur des chants indigènes dans la brousse. La moustiquaire trouée. La perle de sueur sur le front de Valérie. Le feulement du boy au-dessus d'elle.» Et ainsi de suite sur 150 pages.

Admettons que cette perspective n'est réjouissante ni pour l'écrivain ni pour son lecteur. L'autre voie est de passer du coq à l'âne et, pourquoi pas, du lion au zèbre. «"Zut! Il est déjà deux zèbres et demi!" s'écria Valérie en se jetant hors du lit tandis que M'Bila tentait de contenir une érection longue comme une sarbacane. "John sera rentré de la plantation, il va s'apercevoir de mon absence, je suis perdue." Revenu à des dimensions plus raisonnables, M'Bila suggéra : "Tu n'as qu'à dire à ton mari que tu étais allée traire la girafe, Bibi."» Attention, ce genre d'humour ne vous ouvrira pas nécessairement la porte de Gallimard, rue Gallimard.

Le plus sage, après un incipit aussi laborieux, est d'échapper aussi vite que possible au thème qu'il semble v

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