Souvent le souvenir niche dans un objet. Fondu dans sa matière, il en épouse la forme puis sommeille là comme un patient génie, capable d’attendre des décennies avant que son propriétaire ne l’appelle à se redéployer.
«Je vais sans ordre, avertit François Bon. Je prends les choses selon qu'elles me viennent là dans la main.» Et l'écrivain de rouler dans sa paume les lourdes magnétites «achetées dans cette boutique rigolote de Soho, à New York», de revoir «ces cartes postales à la surface striée» où «selon l'angle on avait une image ou l'autre d'une même ville», de retranscrire «cette sensation de monde qui s'ouvre et d'y déambuler» au fil d'un parcours qui s'achève naturellement devant «l'armoire aux livres».
Obsolescence. Dans son Autobiographie des objets, François Bon, bientôt sexagénaire, revient sur la période de sa vie qui précéda l'écriture (comme profession, s'entend). Période qui court de son enfance dans le marais poitevin, entre Saint-Michel-en-l'Herm et Damvix, jusqu'au terme de sa carrière d'ingénieur globe-trotter spécialisé dans le soudage par faisceaux d'électrons. Soit trente ans, de 1953 à 1982, durant lesquels le gros des Trente Glorieuses déferle sur la France : autoroutes, Prisunic, machines à laver, machines à écrire diversement sophistiquées, téléviseurs, transistors, disques vinyles de rock'n'roll… «On roule sur un abîme.» Chaque vague efface la précédente.




