Antoine Gallimard est en mer, injoignable, répondait-on la semaine dernière à ceux qui s'interrogeaient sur l'avenir de Richard Millet, auteur du désormais fameux Eloge littéraire d'Anders Breivik, au sein d'une maison au seuil de l'ébullition. Beaucoup ont perçu dans ce silence océanique et patronal une sorte d'échappatoire, sinon de mensonge. Eh bien, ils avaient tort, et nous pouvons en témoigner puisque nous avons passé tout le mois d'août avec Antoine à bord de l'Intrépide Gazelle, ketch de 16 mètres à l'étrave très abîmée depuis une entrée franchement ratée dans le port de Loctudy.
Le lundi 27 août, vers 6 h 30 du matin, la mer était laiteuse et la brume collante. L'Intrépide Gazelle avançait à trois nœuds sur des eaux calmes, à environ 80 milles nautiques à l'ouest de la bretonne pointe de Penmarch. C'est-à-dire largement hors de portée des réseaux de téléphone cellulaire. Antoine était à la table à cartes en train de se gratter l'oreille gauche avec le compas à pointe sèche. Il hésitait entre deux routes, l'une menant vers Audierne, l'autre vers l'île de St-Mary's dans l'archipel des Scilly. Quant à nous, l'œil sur l'horizon et la main sur la barre, nous attendions que le skippeur nous donne un cap, lorsque soudain, l'aviso LV le Hénaff surgit de la brume pour venir suivre une route parallèle à la nôtre, à environ 50 mètres sur tribord.
«Bonjour, Marine nationale, dit une voix amplifiée par un mégaphone. Intrépide Gazelle, <




