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Critique

Jonathan Dee, rêve et revers américains

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Explosion du miroir de la pub

Publié le 05/09/2012 à 19h06

S'il n'avait été écrivain, Jonathan Dee aurait pu être chirurgien. Avec son écriture au scalpel, il a le don de vous planter un décor ou des personnages en quelques paragraphes. Le don de créer une atmosphère, aussi, un peu froide et factuelle, qui s'impose un peu plus à chaque nouvelle page. «Dans une vie comme celle de Molly - dans la vie d'une localité comme Ulster, discrète, effacée, désormais essentiellement animée par la main lointaine de la technologie du siècle vieillissant, le monde extérieur parvenait de temps en temps à toucher votre quotidien d'une façon qui n'était pas imaginaire», écrit-il dans la Fabrique des illusions (Palladio, en anglais), histoire de donner au lecteur tous les paramètres de ce qui va suivre. Ulster, donc, une ville du nord de l'Etat de New York, qui survit - pour un certain temps - grâce à l'implantation d'un département des ventes d'IBM. Et puis Molly, l'héroïne en quelque sorte, dont le rapport au monde échappe à tous, y compris à elle-même.

A ceux qui connaissent le New-Yorkais Jonathan Dee, la Fabrique des illusions peut sembler s'inscrire en terrain familier. L'an dernier, Plon avait publiéles Privilèges (1), dernier opus de l'auteur. Une chronique fine et impitoyable des riches d'aujourd'hui, avec un banquier qui perd sa voie pour emprunter celle du délit d'initié et enclencher sa propre descente aux enfers. En pleine crise bancaire, le roman touchait juste, sans pour autant imposer de mora

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