Le livre de Mohammed Aïssaoui, journaliste au Figaro littéraire, tombe en plein marasme nauséabond autour des relations entre juifs et musulmans. Et il tombe bien, pour redonner, enfin, de l'humanité à cette histoire. Quête personnelle et investigation journalistique, Aïssaoui est parti d'une intuition, ou d'un espoir : des Arabes, des musulmans ont certainement sauvé des juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s'est lancé à la recherche de ces «Justes» et il a réussi à exhumer ces moments où, «au moins une fois, des Arabes et des juifs ont marché main dans la main… des Arabes et des musulmans ont protégé des juifs».
Le journaliste a cherché à comprendre, avant tout, ce qui s'était vraiment passé derrière les murs de la Grande Mosquée de Paris sous l'Occupation. Il pouvait partir d'un documentaire, la Mosquée de Paris : une résistance oubliée, réalisé il y a vingt ans par Derri Berkami. Au centre de l'histoire, Si Kaddour Benghabrit, le flamboyant directeur de la mosquée, héros d'un film, les Hommes libres, d'Ismaël Ferroukhi, où il est incarné par Michael Lonsdale.
Ministre plénipotentiaire honoraire, directeur de l’Institut musulman et de la Mosquée de Paris, Si Kaddour Benghabrit, personnage ambigu, aime la fête, la musique, le théâtre, les femmes, et peut aussi frayer avec les officiels allemands. Mais sa mosquée sert de planque. Albert Assouline, un résistant qui s’y est caché, affirme qu’entre 1940 et 1944, 1 732 personn




