La ministre de la Culture lit beaucoup, énormément, et elle a le nez creux. Les livres qui ont été primés la semaine passée, Aurélie Filippetti les avait déjà tous lus. Avoir un maroquin rue de Valois laisse-t-il tant de temps libre ? Lundi, à peine le prix Femina avait-il été décerné à Patrick Deville (pour Peste & Choléra) qu'Aurélie annonçait par voie de communiqué : «Je me réjouis vivement de ce choix qui distingue une œuvre aussi étonnante par son sujet que par sa forme.» Dès le lendemain, Filippetti reprenait la plume : «J'adresse mes chaleureuses félicitations à Emmanuelle Pireyre qui vient de recevoir le prix Médicis pour Féerie générale, dernier rejeton de son œuvre atypique, nouveau roman-mosaïque au titre fallacieusement enchanteur.»
Cette belle encre n'était pas sèche qu'Aurélie se souvenait que la veille, Tobie Nathan avait décroché le Femina Essai pour Ethno-Roman : «J'adresse mes chaleureuses félicitations à ce narrateur à l'univers si riche, aussi à l'aise et captivant dans ses ouvrages spécialisés que dans ses romans policiers.» Puis la ministre alla enfin se mettre au lit avec les 28 volumes des Hommes de bonne volonté, de Jules Romains. Le sommeil fut bref.
Le lendemain, réveil avec le Goncourt : «On se relève changé, grandi, de ce Sermon sur la chute de Rome qui, dans le sillage de ses précédents romans, nous entraîne aux confins des rythmes et des lieux.» Et belote avec le




