Entre Alain Mabanckou et son Congo natal, il y a la distance. Vingt-trois ans d'absence multipliés par des milliers de kilomètres de séparation, combien ça fait d'éloignement ? Entre lui et là-bas, l'écrivain jette depuis son départ des ponts d'encre et de pages, comme autant de chemins le ramenant au pays par l'imagination. «Sur cette route je marcherai alors comme les crabes qui se baladent sur le sable de notre Côte sauvage : on croit qu'ils vont aller à gauche, ils font demi-tour, ils s'arrêtent sans savoir pourquoi, ils tournent en rond, et ils repartent en vitesse vers la droite avant de revenir à gauche. Mais ce que j'aime chez les crabes c'est qu'ils savent toujours où ils vont aller, et ils finissent par arriver tôt ou tard.» C'était en 2010, à la fin de Demain j'aurai vingt ans. Nous suivions l'auteur, progressant à pas chassés vers Lumières de Pointe-Noire. Et sans doute, à l'époque, lui-même ne faisait-il qu'entrevoir les lueurs qui le conduisaient à bon port.
Après trois ans de course en biais, voici l'homme battant le pavé des rues de son enfance. Physiquement. Le prétexte de son retour est simple : Mabanckou est invité par l'Institut français de Pointe-Noire pour quelques jours de conférence. Mais la motivation profonde de ce séjour de deux semaines est autrement plus personnelle. Elle est livrée dès l'incipit : «J'ai longtemps laissé croire que ma mère était encore en vie. Je m'évertue désormais à rétablir la vérité dans l'espoir




