Fort de quelque 800 pages, ce livre collectif entend offrir un tableau très ample de la conflictualité sociale dans un pays réputé être le champion des grèves et des manifestations. L'objet, pourtant, ne va pas de soi : qu'est-ce exactement qu'un «mouvement social» ? Les auteurs n'esquivent pas la question. L'expression, expliquent-ils, apparaît en 1823 dans les milieux du réformisme chrétien et se fixe au sens actuel au début du XXe siècle : des mobilisations collectives, soucieuses de défendre ou d'améliorer un statut, mais aussi «indépendantes des organisations politiques et syndicales ou du moins ne s'y réduisant pas» (Claire Andrieu). Le choix d'ouvrir l'étude au début du XIXe siècle malmène cependant un peu la chose, puisqu'il fait de la dynamique industrielle le cœur du phénomène et de la «centralité ouvrière» son trait majeur. D'où le risque, pas toujours évité, de verser dans une histoire des organisations ouvrières, de l'action syndicale ou des engagements de la gauche radicale.
Le livre, soyons juste, ne s'y limite pas. De longues et solides notices sont consacrées à l'action des vignerons du Midi, à celles des ouvriers xénophobes qui mènent la chasse aux Italiens comme à Ravières (Yonne) en 1880 ou à Aigues-Mortes (Gard) en 1893, aux artisans et petits commerçants en révolte menés par Pierre Poujade, ou même aux initiatives patronales. «Les mouvements sociaux ne sont pas tous des mouvements de classe», renchérit Ant




