Menu
Libération
Critique

Un homme droit face aux tyrans

Réservé aux abonnés

Procureur au procès de Nuremberg, Benjamin Ferencz narre avec passion sa vie au service de la justice internationale.

Publié le 11/01/2013 à 19h56

Il a beaucoup d'humour. Et une rage intacte, bien que maintenant nonagénaire, pour combattre l'impunité des tyrans et tortionnaires. Petit juif misérable né dans les montagnes de Transylvanie, entre Roumanie et Hongrie - «là où il ne fait pas bon être juif ou tzigane» -, émigré tout gosse dans les bas-fonds de New York avant d'être sauvé par l'école et d'intégrer la prestigieuse faculté de droit de Harvard, Benjamin Ferencz a eu une vie étonnante qu'il raconte avec beaucoup d'auto-ironie, sans pour autant perdre de vue sa passion pour le droit et la justice pénale internationale, dont il fut l'un des grands précurseurs.

A 27 ans, en 1947, il fut procureur à Nuremberg lors du procès contre les chefs des Einsatzgruppen, les escouades de policiers, encadrés par les SS, qui menèrent la «Shoah par balle», ces exécutions de masse des juifs au fur et à mesure de l’avancée des troupes nazies. Grâce aux 150 tonnes d’archives accablantes retrouvées dans les ruines de Berlin, il obtint la condamnation à mort de 14 des 24 accusés (4 seront finalement exécutés). Parmi eux, le sinistre général SS Ohlendorf, dont l’unité fut l’une des plus sanguinaires.

Benjamin Ferencz alla le voir dans sa cellule peu après le verdict. Plein de morgue, le chouchou d'Heydrich lui lança :«Les Juifs d'Amérique vont souffrir pour ce que vous avez fait.» Dans son réquisitoire, le jeune procureur avait martelé : «L'affaire que nous jugeons est un appel de l'humanité à la loi.» Des mots

Dans la même rubrique