Je ne parle jamais des livres que je n'ai pas lus, et ceux que j'ai lus, je n'en discute pas avec des gens qui ne les ont pas lus. On doit le silence aux fureurs mal informées, à cette funeste passion de juger aveuglément qu'Internet rend criarde comme jamais, comme si le cri moral pouvait remplacer l'information. Il faut pourtant répondre à la tribune publiée dans le Monde de samedi-dimanche par Christine Angot, puisqu'elle met en cause, en le déformant, l'événement que Libération a consacré vendredi dernier au livre de Marcela Iacub, Belle et Bête (Stock).
Le fait que Marcela Iacub publie chaque samedi une chronique dans notre journal nous rendait familiers son style et ses idées. Qu’elle soit collaboratrice nous conduisait, par principe, à ne pas faire cet événement. Nous avons fait, par enthousiasme, et à vrai dire par plaisir, une exception. Trois d’entre nous avaient lu ce livre : Sylvain Bourmeau, Gérard Lefort et moi-même. Les trois qui ont écrit à son propos. Trois hommes, en effet, puisqu’il semblerait que, pour Christine Angot, il s’agisse là d’une catégorie critique (à tous les sens du terme), une catégorie qui détermine le sens de la lecture, sinon du combat. Trois journalistes en tout cas, et d’abord trois lecteurs, qui, chacun avec sa personnalité et son goût, souvent différent de celui des deux autres, ont trouvé qu’ils avaient lu un excellent livre, violent, vivant, écrit sur le fil du paradoxe, férocement comique, puissant




