On l'appelait le «bébé momie». Entouré de bandelettes pour l'empêcher de grandir trop rapidement, le bambin était loué à sa mère - cher - par les mendiantes du quartier pour attirer l'aumône. «Aucun avorton loué en médina n'était aussi lucratif que moi», se félicite le héros du dernier roman de Mahi Binebine, expliquant le secret de ses succès par l'art d'accrocher le regard fuyant du passant en parant ses yeux «d'une tendre mélancolie» et «d'une amorce de sourire ni vraiment joyeux ni tout à fait chagrin» afin de susciter en lui «un brin de compassion, un léger sentiment de culpabilité, l'idée que son propre enfant aurait pu se trouver là, à ma place, momifié dans des langes sales, affamé, livré à la canicule empoussiérée de la rue».
Orphelin d'un père qui, juste avant sa naissance, a sauté sur une mine au Sahara occidental, le gosse fait vivre toute la famille grâce à ses talents, et sa mère fait donc tout pour qu'il reste bébé, même si peu à peu il devient un monstre avec son corps chétif de quasi-nourrisson surmonté d'une tête de vrai gosse des rues. Sur ce canevas de conte picaresque, l'écrivain et peintre marocain tisse un magnifique récit sur la construction de soi. Le petit Mimoun ben Abdellah, «bête de cirque, bébé savant, momie», arrive en effet à se libérer des bandelettes qui l'enserrent comme du destin misérable qui aurait dû être le sien.
Mahi Binebine a l'habitude de porter la plume dans les maux de son pays natal. So




