Les premières années du XXe siècle furent marquées par un intense mouvement de mobilisation sociale. Menées par une CGT particulièrement offensive et par la mouvance alors très active des anarchistes et des socialistes «insurrectionnalistes», les grèves entre 1906 et 1910 ne font pas dans la dentelle. Saccages, sabotages, jets de pierres, coups de feu, affrontements de rue y sont monnaie courante. «Ces manifestations tournant à l'émeute, qui se produisent à intervalles réguliers, prennent la tournure d'un mouvement révolutionnaire», écrit en 1910 le directeur de la police municipale de Paris.
Anne Steiner a retenu cinq de ces affaires particulièrement tumultueuses. En juin 1908, deux terrassiers de Draveil (Essonne) sont abattus par les gendarmes après l’assaut de l’hôtel du Progrès, qui servait de QG à des grévistes très combatifs. Au printemps suivant, les ouvriers de Méru, dans l’Oise, dévastent les usines et les demeures des patrons qui venaient de décider une baisse des salaires de 25%. Au mois d’octobre, la manifestation de soutien au pédagogue anarchiste espagnol Francisco Ferrer dégénère : place Clichy, à Paris, la foule enflamme les conduites de gaz, renverse les tramways et quelqu’un tire sur un policier. En juin 1910, l’anarchiste Henri Cler est battu à mort par un policier durant la grève des ébénistes du faubourg Saint-Antoine, dans la capitale, laquelle s’achève en mêlée générale sur les «fortifs».




