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Critique

Billy le bi

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John Irving narre les amours d’un «suspect sexuel», de l’adolescence aux LGBT

Publié le 17/04/2013 à 19h06

Du désir, beaucoup. Mais souvent difficile à assouvir. Du secret comme seules les familles savent en forger. Du tourment. Celui que ressentent les sexuellement différents. Et puis de la lutte, toujours. La vraie, celle qui fait suer les corps qui s'affrontent à pleines mains. En sous-texte, du Shakespeare, du Dickens, et du Flaubert (précisément Madame Bovary). Dans A moi seul bien des personnages, son treizième roman, John Irving sert au lecteur assoiffé depuis la parution en 2011 de Dernière Nuit à Twisted River un cocktail si bien dosé qu'il se descend cul sec. Ici défilent sur près de 500 pages les amours d'un «suspect sexuel», un bi, dans la seconde moitié du XXe siècle. Avec du tragicomique (qui ose taquiner le loufoque), du touchant, mais aussi du poing levé contre le puritanisme, l'intolérable silence du gouvernement Reagan durant les années sida, l'intolérance face aux sexualités différentes : homo, bi ou transgenre. Mais place au romanesque, la vraie science de John Irving depuis le Monde selon Garp.

Carrure virile. Le rideau s'ouvre sur la ville de First Sister, Vermont, Etats-Unis. Et sur le narrateur héros, William Marshall Abbott, dit Billy, adolescent à ce point chaviré par ses premiers béguins jugés contre-nature qu'il en dit «pénif» au lieu de «pénis». Premier objet de son désir, Miss Frost, excitante bibliothécaire : «Elle était carrée d'épaules, po urt

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