Le lent éveil de la vieille Europe se mesure aussi aux titres des livres qui y paraissent aujourd'hui. Prenez par exemple l'amour, le couple, l'aventure, le sexe, toutes ces belles choses. Hier, ces histoires-là nous étaient vendues sous des titres peu explicites, voire sibyllins, disons Madame Bovary. Maintenant, les éditeurs proposent des intitulés infiniment plus directs, comme J'ai épousé un con : L'histoire de presque toutes les femmes (Pocket, 2012), roman qui n'a sans doute pas l'acuité du Flaubert mais dont l'intrigue semble convergente. Même limpidité dans cet autre titre de fiction féminine : Je n'irai pas chez le psy pour ce con ! (J'ai Lu, 2010).
La désinhibition est tout aussi manifeste au rayon Essais : depuis février, nous savons que La femme parfaite est une connasse (J'ai Lu, 2013). Il s'agit cette fois d'un guide distillant à ses lectrices quelques conseils utiles et pratiques : «Comment garder votre dignité quand vous êtes complètement bourrée», «Les questions qu'il ne faut pas poser à un homme si vous ne voulez pas entendre la réponse» et autre «Ce qu'il faut faire de toute urgence si votre mec veut s'acheter des Crocs». Avec ça, on a à peu près fait le tour de l'éducation de la Jeune Fille contemporaine. Manque peut-être un chapitre sur «Comment sucer un éjaculateur précoce».
Ce printemps de la titraille a débuté il y a une dizaine d'années aux Etats-Unis avec le remarquable ouvrage Why Men Love Bitches




