L'humiliation fait plus qu'abaisser et blesser : elle met plus bas que terre (humus), et ôte la force de se relever. C'est pourquoi elle accompagne souvent la dépression, qui, elle aussi, plaque au sol et laisse au fond du trou. Quelle est l'énergie qui, au contraire, élève et fait qu'on se sent au-dessus de soi-même, délesté de toute inhibition, comme en «surrégime», capable de tout ? L'étymologie dirait : l'exaltation. La notion est ambiguë cependant, qui tantôt pointe vers la religion (élévation de l'hostie, «exaltation de la sainte Croix»), tantôt vers la folie, le fanatisme, le mysticisme, la passion créatrice ou destructrice portée à incandescence. Aussi faut-il savoir gré à Paul Denis, qui la voit comme «affect», comme «puissance tellurique» exerçant «sa poussée sur les superstructures de l'esprit», d'en proposer une étude psychanalytique.
Dilatation. Sur le sujet, Freud n'a guère été disert, n'en parlant, dans sa correspondance avec Romain Rolland, qu'en tant que «sentiment océanique», dont il se méfie. En réalité, l'exaltation a un spectre très large, qui va de l'«instant poétique», où sont captées d'invisibles «correspondances» entre les beautés de la nature, à la «possession», à laquelle le sujet résiste ou «s'abandonne avec ivresse». Quelles qu'en soient les formes - «la joie, l'extase, le sentiment océanique, le triomphe, la jubilation» -,




