Menu
Libération

L’homo politicus dévoré des yeux

Réservé aux abonnés

Publié le 10/05/2013 à 19h07

L'homme politique est en train de disparaître ! Et sa disparition ne s'opère pas comme une lente extinction de l'espèce mais sous nos yeux, à la télévision notamment, dans une surexposition médiatique. Telle est la conclusion - a priori - paradoxale du sociologue et spécialiste du langage Christian Salmon, dans sa Cérémonie cannibale, un essai aussi dense que concis, aussi efficace que déprimant.

Selon Salmon, depuis une trentaine d'années se déroule un processus de déconstruction de la fonction politique et de dévalorisation de la parole publique sous la pression conjuguée de la révolution néolibérale et des nouveaux médias. Ce que Salmon décrit comme «la perte de souveraineté des Etats» alliée à Google - cet «Olympe du Web», où les politiques se «plaisent à naviguer aux côtés des sportifs et des mannequins» - produit une sorte de «téléréalité du pouvoir». «L'homme politique, écrit-il, se présente de moins en moins comme quelqu'un à qui obéir, mais comme une chose à consommer. […] Un artefact à l'image de n'importe quel personnage de série ou de jeu télévisé.»

Si l'analyse du sociologue s'égare parfois, notamment lorsqu'il ne voit dans l'Europe qu'une «déconstruction de la souveraineté», le tableau qu'il brosse de l'espace politique est d'une implacable noirceur. D'Obama à Hollande en passant par Poutine, la parole publique se résume à une performance politique formatée par des communicants dont l'objet e

Dans la même rubrique