On parle davantage d'histoire que de géographie de la politique. Si la politique est l'art d'organiser la vie des citoyens de sorte que tous (ou le plus grand nombre) puissent «vivre bien», comme le voulait Aristote, il est bien sûr essentiel de connaître la façon dont, à cette fin, savoirs et pratiques ont historiquement évolué. Mais si on ajoute qu'elle est indexée à la décision et à l'art oratoire, il apparaît aussi décisif de désigner les lieux où le rapport entre les deux est tel que la première puisse s'effectuer sans être remplacée ou différée par le second. Les discours politiques sur les banlieues, les cités, les «zones à risques», par exemple, - qui s'enflamment généralement dans l'après-coup des violences, de quelque émeute ou de voitures brûlées -, s'épuisent presque tous dans la déclamation (prudente, haineuse, empathique…) parce qu'ils apparaissent «délocalisés», viennent de «hauts lieux» inconnus, n'attestent qu'une connaissance fantasmatique du cadre de vie des habitants de ces quartiers, et, pour cela, tombent dans le désert, désamorcés de toute capacité décisionnelle.
L'expérience de terrain permet certainement aux travailleurs sociaux, aux membres des associations, aux agents des services de santé, de sécurité, de logement, d'éducation, etc. d'élaborer une connaissance plus solide des réalités : mais il est fréquent qu'elle se volatilise aussi, privée des relais politiques qui la conduiraient à la décision. De ces deux discours, le sociologue est c




