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Interview

Les chartistes à l’école de la révolution

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Malcolm Chase fait revivre les acteurs du premier mouvement ouvrier britannique

Publié le 12/06/2013 à 19h06

Le chartisme fut le premier, le plus grand et le plus ambitieux mouvement ouvrier que connut la Grande-Bretagne. Au lendemain de la réforme de 1832, qui limitait l'extension du droit de vote à la seule middle class, des centaines de milliers d'ouvriers anglais, gallois, irlandais, écossais, se réunirent sous la bannière de la Charte du peuple pour exiger le suffrage universel masculin et la démocratisation des pratiques électorales. L'objectif était d'abord réformiste, car l'on était sûr que le vote ouvrier modifierait en profondeur la vie politique, mais il était aussi moral et social. Durant près de vingt ans, des manifestations et des pétitions monstres accompagnèrent la demande : 1 200 000 signatures en 1839, plus de 3 millions en 1842, 2 millions en 1848. Les refus successifs du Parlement d'entendre la voix des chartistes suscitèrent un train presque ininterrompu de complots, d'insurrections et de grèves générales. La répression fut féroce, conduisant à l'arrestation ou la déportation en Australie de nombreux militants. Mais le chartisme était aussi porteur d'autres initiatives : refus du libre-échange ou de la «loi des pauvres» qui enfermait les indigents, bataille pour la tempérance et pour l'éducation, plans agraires, le tout dans ce climat très religieux qu'inspiraient les églises non-conformistes.

En résulta une vaste organisation, la National Charter Association, qui préfigure les premiers partis nationaux. Le livre de Malcolm Chase, professeur à

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