Quand la philosophie sort de chez elle et s'en va, primesautière, interroger le porno, le rock'n'roll, le téléphone, les jeux vidéo ou la mode, on craint toujours qu'en pirate elle arraisonne les phénomènes qu'elle analyse, les plie à ses concepts, et, de ce fait, en dise moins sur eux que sur elle-même. On serait donc décontenancé si quelque part on lisait que la mode, d'où émerge telle une Vénus botticelienne la figure de la top-modèle, est une forme de platonisme et une inversion de l'Incarnation christique. Pourtant… Qu'on fasse l'expérience, et qu'on ouvre le Corps glorieux de la top-modèle de Véronique Bergen, écrivain, poète et philosophe bruxelloise, spécialiste de Genet ou de la pensée de Deleuze : la philosophie s'y éclaire elle-même en effet, par réverbération, mais le «phénomène de mode», la «manière d'être au monde» qu'il dicte, et les enjeux de pensée qu'il articule, y reçoivent un éclairage inédit.
Catégories. Véronique Bergen sait tout de la mode. Aussi livre-t-elle des pans de son histoire, visite les lieux de sa géographie, cite ses héros, ses héroïnes et ses hérauts, rappelle à quel point «ses principes organisateurs (le changement, l'éphémère, la séduction, le simulacre) régissent la vie collective moderne» jusqu'à essaimer «dans les manières d'exister, de sentir, de se montrer». Mais elle privilégie l'approche philosophique, pour montrer que, dans ce «laboratoire de sty




