En s’autoproclamant «radicales», l’aile minoritaire du féminisme de l’Allemagne wilhelmienne et son «trio moteur» (Minna Cauer, Anita Augspurg, Lida Gustava Heymann), réunis au sein du Frauenwohl (le Bien des femmes), voulaient se démarquer des modérées, inscrites dans la continuité des actions caritatives féminines. Malgré de lointaines prémisses - de la publication en 1792 de l’essai de Theodor Gottlieb von Hippel, favorable à l’émancipation des femmes, aux revendications sur les barricades du Printemps des peuples de 1848 - le féminisme bourgeois, né dans la décennie 1860, dut attendre l’unité nationale pour s’affirmer. Son orientation réformiste bon teint, en faveur de l’instruction ou contre la prostitution réglementée, permit au BDF (Bund Deutscher Frauenvereine, l’Union des associations féminines), fondée en 1894, d’exister malgré l’interdiction aux femmes de participer à des réunions et d’appartenir à des associations politiques. Cette ligne contrarie les «radicales» qui font scission en 1899 et accusent toute mesure favorable aux femmes d’être une concession, non un acte de droit exigé par l’universalité, faute de la participation féminine au législatif.
Autonomie. Leur féminisme entend dépasser la cause des femmes pour déboucher sur une recomposition de l'ordre social, économique et politique, afin «de faire de la nation allemande une nation d'individus "libres", c'est-à-dire autonomes, condition indispensable au progrès de




