Menu
Libération
Critique

Les aires du désir

Réservé aux abonnés

La parole, l’Autre, le fantasme, le complexe d’Œdipe… Jacques Lacan poursuit son exploration des territoires freudiens dans «le Séminaire. Livre VI»

Publié le 26/06/2013 à 19h06

Des fois, c'est plutôt drôle. Par exemple : «Qu'est-ce que cela veut dire quand on dit à une femme Je vous désire ?» Cela signifie-t-il, «comme le voudrait l'optimisme moralisant avec lequel vous me voyez de temps en temps rompre des lances à l'intérieur de l'analyse, Je suis prêt à reconnaître à votre être autant, sinon plus de droits qu'au mien, à prévenir tous vos besoins, à penser à votre satisfaction ? Seigneur, que votre volonté soit faite avant la mienne» ? Ou bien, «pour employer de bons gros mots tout ronds, Je désire coucher avec vous, baiser» ?

Qu'on ne se réjouisse pas de suite, cependant. S'il n'exclut ni humour ni traits d'esprit, le Livre VI du Séminaire de Jacques Lacan, comme tous ceux qui l'ont précédé ou vont le suivre, est une épreuve, dans tous les sens du terme : il exige un effort de lecture, oblige souvent à revenir à des passages à peine lus et mécompris («Je n'ai pas été sans avoir écho des difficultés que certains d'entre vous, beaucoup même, vous avez déjà éprouvées la dernière fois…»), contient à chaque page des remarques fulgurantes ou intrigantes pouvant chacune alimenter un livre de commentaires psychanalytiques, est une véritable mise à l'épreuve du savoir que le lecteur croirait posséder en psychanalyse, sinon une mise à l'épreuve de toute la psychanalyse par elle-même, la transmission de la psychanalyse, qui, de freudienne, devient lacanienne.

On ne peut pas dire, même si

Dans la même rubrique