Si de Gaulle, vers l’Orient compliqué, volait avec des idées simples, les Français abordent trop souvent le non moins complexe Extrême-Orient avec des vues simplistes. Le Japon en guerre n’échappe pas à cette loi d’airain qui se résume à deux stéréotypes : fanatisés, les sujets de Hiro-Hito auraient combattu jusqu’à la mort pour la plus grande gloire de l’Empire ; Tokyo aurait mené une politique mémorielle nationaliste agressive, refusant - contrairement à l’Allemagne - de reconnaître ses torts dans la guerre d’expansion menée à partir de 1937. Professeur à l’Inalco, Michael Lucken récuse ces constats sommaires en proposant une analyse qui, de toute évidence, privilégie la nuance sur la caricature.
Fétichisation.Faut-il ainsi apparenter le Japon à la grande famille des totalitarismes ? Si plusieurs éléments plaident en faveur de cette thèse, bien d'autres indices la démentent. A supposer qu'elle ait existé, le Japon n'a par exemple jamais cherché à imposer une idéologie officielle, hormis une volonté de rassemblement ; ferme quant aux objectifs, le pouvoir a, pour parvenir à ses fins, plutôt misé sur la persuasion que sur la contrainte, n'arrêtant «que» 5 046 opposants réels ou présumés entre 1937 et 1941 ; la propagande n'a jamais bénéficié des talents dévoyés d'un Goebbels ; tout en jouant un rôle actif dans les grandes décisions, l'empereur fut loin d'exercer le pouvoir charismatique d'un Hitler ou d'un Mussolini, même s'il fut l'objet




