«Vous devez sans doute connaître les noms des principaux chefs terroristes ? - Certainement - Acceptez-vous de nous communiquer ces noms ?» Il les regarda dans les yeux : «Mais avec plaisir : les deux plus importants chefs terroristes que je connaisse sont le général Stülpnagel et le maréchal Pétain.» La séance de torture reprit. Quelques semaines plus tard, le 23 mai 1942, le résistant sera fusillé au mont Valérien. Il avait 39 ans. C'était l'ami d'Henri Lefebvre et de Paul Nizan, l'ami-ennemi de Breton et des surréalistes, l'inspirateur de Sartre ou de Merleau-Ponty, dont Lacan souligna la «marque ineffaçable» sur la pensée du XXe siècle.
L'image de Georges Politzer s'est estompée. Né en 1903 à Nagyvárad, contraint à l'exil après l'écrasement de l'insurrection hongroise de 1919, il séjourne à Vienne, où il suit les séminaires de Ferenczi et peut-être de Freud, puis s'installe en France, et devient professeur de philosophie. Il s'inscrit au Parti communiste en 1929 et en devient l'un des intellectuels les plus brillants, fin dialecticien, passionné, ironique, féroce dans ses critiques. Son exigence est d'arriver à une psychologie, puis une philosophie, «concrètes», démystificatrices, qui auraient pour objet la «vie dramatique» de l'homme (au sens étymologique d'action humaine, enracinée dans son milieu physique et social), posséderaient la rigueur d'une science et dissiperaient tous les mythes sur la «vie intér




