Aimer un livre, aimer quelqu’un, dépend moins de ce que l’on y découvre - dans l’ouvrage, dans la personne- que de ce que l’on y projette. Les spécialistes du couple et les théoriciens de la littérature ont dû écrire des choses là-dessus.
Il s’agit en tout cas d’une loi largement éprouvée, quel que soit le domaine d’application. Et, en cette rentrée, c’est une loi bien pratique puisqu’elle permet d’opposer au vertige nauséeux de l’avalanche saisonnière (quelque 500 nouveaux romans, donc) l’ivresse d’une aventure passionnelle. En effet, cette projection bijective entre objets et sujets autorise l’inversion des rôles, de sorte que le lecteur n’a plus qu’à se demander : quels sont les livres qui vont m’aimer ? Qu’ils viennent à moi, qu’ils m’ouvrent leurs petites pages et me serrent fort contre eux.
Le problème est que les livres nous connaissent mal et qu’ils se foutent éperdument de nos états d’âme. Il faut avoir recours à des intermédiaires pour trouver les livres qui se projetteront en nous. C’est sans doute pourquoi, au matin du huitième jour, fut créé le Libraire. Et que, bien plus tard, fut conçue Muriel, cheveux noirs, yeux bruns, sourire charmant, née à Aurillac il y a quarante-quatre ans. Employée depuis douze ans, dans cette même ville, à la belle librairie le Point Virgule de Bernard Courault. C’est donc à Muriel que nous sommes allés exposer - bien trop succinctement hélas - nos espoirs et nos doutes, en attendant l’ordonnance ou plus exactement une liste de livres q




