Quel vice du langage incite à parler de «tranches de vie» - si la vie est justement «cela même qui se tient, se retient et se contient dans les limites de l’indécidable, là où il s’avère impossible de trancher de façon nette et définitive» ? Qui est capable de juger d’une vie, d’en décider, si décider revient encore une fois à couper et hacher ? Camus écrit : «Si basse et si méchante soit-elle, une vie recèle toujours, en quelque coin, de quoi la comprendre et l’absoudre.» Mais qui le peut, par quoi le peut-on ? Comprendre en vue d’absoudre «serait à la rigueur une des tâches de la philosophie», absoudre dans l’espoir de comprendre reviendrait au seul «génie de la littérature». Sans doute. Mais à une condition : qu’absoudre signifie s’abstenir de juger, «refuser de faire dépendre sa compréhension de la vie d’un jugement préalablement conçu et asséné du dehors».
«Embourgeoisement». C'est en se faisant philosophe écrivain que Paul Audi, dans Qui témoignera pour nous ?, tente à la fois de «rajeunir l'éclat» de ce que la vie d'Albert Camus «recèle», et de faire voler en éclats l'idée que juger, c'est trancher, qu'être juste, c'est être juge. Qu'on n'imagine surtout pas une «biographie» qui serait complétée par des considérations philosophiques. L'essai de Paul Audi - à entendre moins comme genre éditorial que comme tentative passionnée d'utiliser toutes les ressources de l'intelligence et de la sensibili




