Nous sommes en 1913, ils sont jeunes et il fait beau. George a invité Cecil, son camarade de Cambridge, à passer quelques jours dans sa propriété familiale. Les garçons se suivent entre les branches, jusqu’à arriver près d’un grand chêne. «Cecil s’arrêta et haussa les épaules de plaisir ; il ôta sa veste et la pendit sur la griffe levée au-dessus de lui. Puis il se retourna et tendit les bras d’un geste impatient.» Ellipse. «« C’était très bien », murmura Cecil, se relevant déjà, avant de s’éloigner de quelques pas pour lisser ses habits d’un geste assez rude.» L’omission étonnera peut-être les lecteurs de la Piscine-Bibliothèque (Bourgois, 1991) et de la Ligne de beauté (Fayard, 2005), le très élégant Alan Hollinghurst étant a priori plus enclin à raconter les corps (masculins) qu’à sauter une ligne. Moins dans l’Enfant de l’étranger, fresque qui n’oublie pas pour autant la sensualité et déploie sa musique sur un siècle d’histoire de l’Angleterre, d’avant la Grande Guerre au temps des smartphones.
Sept ans entre la Ligne de beauté et l’Enfant de l’étranger. Sept ans à écrire ?
J’étais tellement épuisé après la Ligne de beauté que je n’ai pas souhaité me replonger immédiatement dans un projet fastidieux. J’ai beaucoup voyagé après le Booker Prize et j’écrivais de petites choses, des nouvelles, jusqu’au moment où j’ai senti que la forme courte ne suffisait plus et que j’allais de nouveau me retrouver avec un gros roman sur les bras. L’écriture m’a pris quatre ans, avec des interruptions. La structure particulière d




