Huit millions et demi de Français furent mobilisés durant la Première Guerre mondiale. On dénombra parmi eux 1 400 000 tués et plus de 4 millions de blessés. Mais combien d'autres, indemnes en apparence, furent atteints de troubles psychiques ? Le décompte est impossible, faute de statistiques et de définition stable des maladies de l'esprit. Mais les asiles d'aliénés se peuplèrent alors de centaines de milliers d'hommes frappés de «confusion mentale», de «marasme mélancolique» ou de stupeur commotionnelle.
Fort des archives conservées dans les établissements psychiatriques de la 4e région militaire (Alençon, Mayenne, Le Mans), ce livre est le premier à traiter des «blessures invisibles» de la guerre. Il montre d'abord l'ampleur des internements (1 130 entrées dans l'asile du Mans par exemple). La première vague, la plus massive, a lieu en août-septembre 1914, liée à l'angoisse de la mobilisation et aux chocs des premiers combats. Les pics suivent dès lors les principales batailles (Verdun, le Chemin des dames, l'offensive allemande du printemps 1918), mais aussi la sortie de guerre, accueillant de 1918 à 1920 des hommes incapables de reprendre le chemin du foyer, terrassés par l'angoisse, la culpabilité, les hallucinations. Cet afflux suscita la nécessaire adaptation du service de santé des armés, qui inaugura en 1916 des structures d'urgence sur le front. Si le conflit ne constitua «pas un terrain d'innovation majeure en psychiatrie




