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Critique

René Crevel au sommet de sa montagne magique

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Une traversée des années 30 avec le poète qui voulut réconcilier surréalisme et communisme, avant de se suicider

Publié le 20/11/2013 à 18h06

Al'hiver 1935, René Crevel est une fois de plus à Davos, au sanatorium. Ce n'est pas vraiment la montagne magique. Il écrit à sa dernière amie, l'Argentine Tota Cuevas, une beauté explosive et cultivée qu'il a sans doute rencontrée chez Salvador Dali : «Je ferai ma chance puisqu'on fait soi-même sa chance et sans doute sa tuberculose. Espérons même que j'aurai la grande chance de m'en refaire une autre, de tuberculose. C'est si réconfortant, apaisant de passer les plus belles années de sa vie en Suisse, à geler, à regarder ses crachats par transparence, etc. […] Je suis un raté, une fois pour toutes. J'ai perdu mon stylo ce matin. Si je ne le retrouve pas, j'aurai un peu moins la tentation de vouloir me manifester. Et puis j'ai déjà trente-quatre ans et l'homme qui fait sa chance après avoir vécu meurt.» Il se tue le 18 juin suivant, chez lui à Paris. C'est l'ami de Tristan Tzara, de Paul Eluard. Celui qui incarne le mieux, le plus à nu, ce phénomène de l'aventure surréaliste : l'amitié. Un seul mot est écrit sur la feuille qu'il a laissée, «Dégoût».

Soleil noir. Les lettres à Tota Cuevas constituent la meilleure et dernière part de ces lettres inédites de l'auteur de la Mort difficile. Beaucoup d'autres ont été publiées ici et là, en particulier la correspondance avec Tzara. L'éventail de ceux à qui il écrit, les sujets abordés, le ton direct et dépressif, tout rappelle à quel point les liens de Crevel étaient

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