C’est un oublié de l’histoire. Nul ne sait même précisément où il est enterré, mort en août 1948 de tuberculose, d’épuisement et de tortures dans un cachot de la police secrète soviétique à Kiev, un peu moins d’un an après avoir été enlevé en plein cœur de Vienne. La vie de Guillaume de Habsbourg est assurément hors du commun. Né sous les ors des palais d’une dynastie finissante, qui avait régné quelque six siècles sur la plus grande partie de l’Europe, grandi au bord de l’Adriatique puis dans les sombres forêts de Galicie, extrême limite orientale de l’Autriche-Hongrie, ce petit-neveu de François-Joseph était destiné à régner sur une Ukraine associée à l’Empire. Celui-ci en contrôlait déjà la partie occidentale et sa capitale Lemberg, Lviv en langue locale, encore aujourd’hui cœur de l’Ukraine pro-européenne. Son destin se fracassa avec la Première Guerre mondiale déclenchée par Vienne après l’assassinat à Sarajevo de l’archiduc et prince héritier François-Ferdinand.
Déclin. Ce récit va pourtant bien au-delà de la biographie de celui que l'on surnomma «le Prince rouge» pour sa rébellion contre sa famille et son rêve de nation ukrainienne qui l'amena à soutenir les revendications de terre et de liberté de ce peuple qu'il s'était choisi. L'historien américain Timothy Snyder, déjà connu pour Terres de sang, l'un des ouvrages les plus puissants sur les horreurs conjuguées du stalinisme et du nazisme dans ces mêmes régions de l'Europ




