Patrick Messina évoque son premier livre, Wayfaring, comme le fruit d'un voyage imaginaire. C'est pourquoi il n'a inscrit aucune date, ni légende, afin de favoriser ce dépaysement intime qu'il ressent quand il se retrouve loin de Paris, où il est né le 5 août 1967. Un peu comme le héros de Lost in Translation, Bill Murray, réglant ses problèmes de moquette par fax, indifférent au décalage horaire. Il pensait qu'il fallait un nombre de photos conséquent, au moins quatre-vingt, et ses éditeurs, Paul Cottin et Jérôme Sother, l'ont convaincu qu'avec trente-deux tout se tiendrait. Bien joué.
Il y a de la délicatesse chez Patrick Messina, qui n'a jamais défiguré aucun de ses modèles. Il a débuté aux Inrocks, en 1991, encore étudiant à l'école Louis Lumière, il a appris la vie sans jamais maîtriser son trac. De Christine Angot («un choc littéraire») aux skippeurs du Vendée Globe, ceux qui sont passés devant son objectif ne l'ont pas regretté, y compris l'un des plus impatients, Jean-Luc Godard. «Quand je fais un portrait, j'essaie d'intervenir le moins possible. Je ne dis rien, parfois quelques gestes pour indiquer ça, ou ça. Avec Godard, la séance a duré 45 minutes dans un silence parfait. Enfin, j'ai eu de la chance, il y avait ce jour-là en fond sonore une radio qui retransmettait un match de Roland-Garros. Je me sentais rassuré, on tiendrait tranquillement jusqu'à la fin du set. Là, il s'est levé et a lancé "Stop !"» Godard n'apparaît




