Le soulèvement des Grecs contre l’occupant ottoman débuta au printemps 1821. On peine aujourd’hui à se figurer l’extraordinaire émotion que l’événement suscita en Europe, l’irrésistible élan de solidarité qu’il engendra.
«Nous sommes tous des Grecs»,
écrivait Shelley en 1822. Partout se constituèrent des «comités philhellènes» qui tenaient réunion et levaient des fonds pour défendre la cause des Grecs. De tout le monde occidental affluèrent les volontaires - 1 200 au total - qui s’enrôlaient pour lutter à leurs côtés. Lord Byron, icône majeure du romantisme européen, y laissa la vie en 1824, scellant par son sacrifice le mythe philhellène. C’est à cette formidable aventure collective qu’est consacré le livre d’Hervé Mazurel
Vertiges de la guerre. Byron, les philhellènes et le mirage grec.
La dimension culturelle est ici primordiale. L'histoire de cet engagement est d'abord celle des rêves, des désirs, des attentes qui lui donnèrent corps. Privilégiant la littérature philhellène et les écrits personnels, Mazurel décrit donc longuement cette «mobilisation des imaginaires». Divers motifs s'entrecroisent. A l'ennui, à la frustration d'une jeunesse romantique dont les pères avaient fait la Révolution et l'Empire, s'ajoutait la vigueur du «mirage grec». Nourris d'humanités, de théâtre et de poésie classiques, les philhellènes se pensèrent en sauveurs de l'antique Hellade, berceau de l'Occident qu'il s'agissait à la fois de libérer et de régénérer. O




